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Qu’est-ce que l’archéoastronomie ?

par campana - publié le

L’archéoastronomie est la science qui concerne la découverte et l’étude des croyances et des pratiques astronomiques des sociétés anciennes. C’est d’abord un outil pour comprendre les accomplissements intellectuels des cultures primitives, comme par exemple, les bâtisseurs
d’alignements mégalithiques. En Méditerranée occidentale où l’on trouve une grande concentration de sites mégalithiques du néolithique récent (5000BC-2000BC) ou de l’âge du Bronze (2000BC-800BC), nous verrons que de nombreux monuments funéraires ou lieux cultuels liés à une conception de la mort à ces époques, nous offrent une illustration intéressante d’orientations astronomiques qui peuvent nous aider à comprendre les rites funéraires de peuples du bassin méditerranéen à ces époques.

Pour illustrer l’intérêt de mesurer l’orientation des sites funéraires et culturel du néolithique et de l’âge du bronze, essayons de faire une analogie entre les sites préhistoriques et les mosquées du moyen-âge. Imaginons que ces moquées soient abandonnées pendant 2000 ans, se retrouvent à l’état de ruine et que leurs fonctionnalités soient oubliées. Imaginons aussi que les archéologues du futur doivent étudier ces ruines. En prenant en compte les orientations des mosquées, ces archéologues du futur s’apercevront peut-être que les axes des mosquées convergent vers une ville du Moyen-Orient et donc ils devraient pouvoir conclure que cette ville devait avoir une grande importance dans la religion liée à ces monuments.

La base de la discipline « archéoastronomie » repose sur l’hypothèse que les peuples anciens, même à un stade technologiquement ou intellectuellement primitif, se sont intéressés aux phénomènes célestes et ont tenté d’apporter des explications ou des significations particulières à ces phénomènes. Au cours de leur histoire, ces peuples se sont servis de leurs observations dans des rituels ou les ont incorporés dans des mythes afin de mettre sur pied des calendriers, ou
d’anticiper les dates importantes d’activités saisonnières, par exemple, à des fins agricoles ou rituelles. L’archéoastronomie est fondée sur le repérage et l’identification des sites et des monuments dédiés aux pratiques astronomiques en cherchant des alignements grâce à la
présence de marqueurs architecturaux (pierres, autels, fenêtres, colonnes) et en les confrontant à des astres susceptibles d’avoir été observés et dont on conserve des traces dans l’oralité, la mythologie ou le calendrier.

En observant le ciel la première sensation que nous avons est que tous les objets célestes (Lune, Soleil, planètes ou étoiles) semblent se situer sur la superficie d’une sphère céleste ayant comme centre l’observateur. Cette sphère imaginaire va servir à la définition de coordonnées
astronomiques. De la même façon que la position d’un point sur la superficie terrestre est définie par un couple de coordonnées (deux angles appelés latitude et longitude et calculés par rapport à
l’équateur terrestre), nous pouvons déterminer la position d’un objet sur la sphère céleste. La définition d’un point dans le ciel peut être réalisée en référence à l’horizon à l’aide d’un couple de coordonnées : la hauteur H (aussi appelée altitude ALTitude) et l’azimut A.
La figure 1 illustre la définition de ces deux angles. L’azimut représente la direction d’un point de l’horizon ; cette direction est la donnée d’un angle qui correspond à la distance angulaire entre le nord (repéré par la lettre N sur la figure 1) et la position du point sur l’horizon. Donc un
point situé au nord possède un azimut de 0° ou 360°, un point situé à l’est a un azimut de 90°, au sud 180° et à l’ouest 270. Un azimut peut se mesurer à l’aide d’une boussole de précision. La hauteur H (ou altitude ALT) d’un astre exprime la distance angulaire entre un point qui
représente l’astre et l’horizon. Cette distance vaut 0° sur le cercle qui décrit l’horizon tandis que qu’elle est égale à 90° quand le point est au zénith. L’altitude se mesure à l’aide d’un clinomètre.
Ces deux angles nous permettent de calculer un troisième angle D appelé déclinaison. La déclinaison représente la distance angulaire entre un astre et l’équateur céleste.

Plus simplement nous pouvons dire que la déclinaison est équivalente à la latitude terrestre dans le cadre de la sphère céleste. Pour calculer la déclinaison D associée à une orientation d’un site donné, nous
avons besoin de trois entrées : (1) l’azimut A de l’orientation du site étudié ; (2) la hauteur H correspondant à l’azimut de l’orientation du site et (3) la latitude L du site. La formule est la suivante :
Sin D= sinL sinH + cosL cosh cos A.

Mesurer l’orientation d’un site nécessite trois étapes : (i) définition d’un axe de symétrie du monument étudié ; (ii) mesure de l’orientation de cet axe à l’aide d’une boussole ; (iii) mesure de l’altitude à l’aide d’un clinomètre. Pour calculer la déclinaison correspondant à une orientation (comme nous l’avons vu précédemment la déclinaison est l’angle qui permet de connaître la position d’un objet - étoile ou planète - dans le ciel), il nous reste à obtenir un dernier angle : la latitude du monument étudié. En effet nous avons vu aussi précédemment comment calculer la déclinaison à partir de la donnée de trois angles : l’azimut, l’altitude et la latitude. Nous venons d’illustrer comment les deux premiers angles sont mesurés. La latitude d’un site est facilement obtenue à l’aide d’un GPS (Global Position System). Les déclinaisons sont calculées à l’aide de la formule donnée précédemment. Elles sont facilement obtenues grâce à un logiciel fourni par le Professeur Clive Ruggles de l’Université de Leicester en Angleterre (http://www.le.ac.uk/archaeology/rug/).
Nous pouvons mettre en évidence que les mesures effectuées sont des faits qui ne peuvent être remis en question puisque en suivant la méthodologie proposée, les mêmes résultats seront trouvés quelque soit la personne qui effectue les mesures.
D’autre part Michael Hoskin de l’Université de Cambridge (Hoskin,2001) a proposé une classification de l’orientation astronomique des tombes mégalithiques :

- SR (sun rising) : lever du soleil ; SR caractérise les tombes qui ont une orientation comprise entre 60° et 130°.

- SR/SC (sun rising/ sun climbing) : lever du soleil ou soleil quand il monte dans le ciel ; SR/SC caractérise les tombes dont les orientations sont comprises entre 60° et le sud (180°).

- SS (sun setting) : coucher du soleil ; SS caractérise les tombes qui regardent vers l’ouest de l’horizon entre 240° et 300°.

- SD/SS (sun descending-sun setting) : coucher du soleil ou soleil qui est en train de se coucher ; SD/SS caractérise des tombes qui ont une grande variation d’orientations comprises entre 180° (sud) et 300°.

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